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Joseph Achkar Michel Charrière Décorateurs Histoire

Le passé recomposé

Joseph Achkar et Michel Charrière

De la place de la Concorde à l’Auvergne, en passant par le Marais, ces décorateurs enchaînent les chantiers où l’histoire a le premier rôle. Par Eric Jansen

Longtemps ils ont travaillé dans la plus grande discrétion. Seuls quelques privilégiés connaissaient leur incroyable adresse à Paris. En 2000, Joseph Achkar et Michel Charrière se lançaient dans un chantier colossal : redonner vie à l’hôtel de Gesvres qui était devenu le siège d’une banque… Aujourd’hui, le bâtiment du XVIIe siècle semble avoir traversé le temps sans le moindre outrage. Parquets, moulures, cheminées, mobilier, tableaux, rien ne manque et pourtant tout a été apporté, recomposé. « Il faut aller dans le sens d'un lieu, le contenu doit être en accord avec le contenant », explique Joseph Achkar qui s’est aussi aménagé avec son compagnon un palais à Byblos digne d’un conte oriental. Un total look que le duo de décorateurs revendique, même si ce positionnement n’est pas dans l’air du temps. Aujourd’hui, le contemporain règne en maître et les références au passé ne sont tolérées que si elles s’intègrent à un certain éclectisme… Joseph Achkar et Michel Charrière s’en moquent, ils sont hors mode. Pour preuve, leur nouveau coup de cœur : le château de Ravel en Auvergne. Une forteresse du XIIIe siècle qui s’est transformée au fil des ans en résidence raffinée, mais quand ils l’achètent en 2014, « le paquebot coulait ». Ils entreprennent alors de le sauver. « L’œuvre d’une vie. »

Ne pas croire pour autant que leur folie, entre philanthropie et rêve d’esthète, ne soit pas partagée par certains. Ainsi, c’est à eux que Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux, a confié la restauration de l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde. Un projet d’envergure, le site fait 12.000 mètres carrés, et grisant. « Depuis le XVIIIe siècle, les pièces n’ont pas bougé car elles étaient occupées par l’état-major de la Marine. Leur décor est resté intact, il a simplement été repeint une dizaine de fois. Nous avons mis à jour les couleurs d’origine et essayons de retrouver les meubles qui étaient là. » Une rigueur qui a aussi convaincu le designer Hervé van der Straeten, pourtant fer de lance de la création contemporaine. Avec son ami Bruno Frisoni, ils ont acheté un vaste appartement dans un hôtel particulier du Marais, et pour sa restauration ils ont fait appel à Joseph Achkar et Michel Charrière. « Les proportions avaient été complètement transformées, il y avait une cuisine au milieu de la pièce principale, un massacre. » Les décorateurs font alors des sondages, retrouvent un plafond peint du XVIIe siècle et remontent les cloisons en fonction. « Nous avons dit à Hervé et Bruno : on restaure la maison dans les règles de l’art et vous, ensuite, vous apportez la modernité. » Le message est reçu cinq sur cinq. L’écrin vient à peine d’être livré qu’un nouveau projet les appelle à Marrakech. Un couple de collectionneurs suisses leur a demandé de réaliser le Musée des arts de la parure, mais cette fois, le bâtiment est totalement neuf. Un challenge ? « Non, nous faisons aussi du contemporain, mais nous sommes moins connus pour cela. On a eu des clients qui voulaient du Louis XVI dans une tour à Beyrouth, nous leur avons expliqué que ce n’était pas possible et nous leur avons fait un décor moderne. Comme nous disons toujours : il ne suffit pas de faire beau, il faut faire juste. »

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